La fabrication de nos livres
On pourrait croire qu’une réédition ne réclame guère davantage que de s’emparer d’un texte désormais affranchi de ses droits, de lui donner une ordonnance nouvelle, puis de l’offrir derechef au lecteur.
Il n’en va pas ainsi chez nous.
Choisir l’édition de référence
Au commencement de toute réédition se rencontre une décision qui précède toutes les autres : celle de l’état du texte qu’il sera donné au lecteur de retrouver.
Une œuvre peut avoir connu plusieurs éditions, parfois différentes dans leur ponctuation, leur typographie, leur composition ou certains éléments du texte lui-même. Il nous faut donc déterminer celle qui nous servira de référence et à laquelle notre travail devra constamment revenir.
C’est à partir de cette édition ancienne, conservée et consultable dans les fonds patrimoniaux, que commence véritablement notre travail.
Lorsque l’œuvre présente une division, une organisation ou certains éléments éditoriaux propres à l’édition retenue, nous choisissons également ce qu’il convient d’en conserver afin que la nouvelle édition demeure au plus près de l’état du texte que nous avons décidé de suivre.
Ponctuation, italiques, majuscules, guillemets, notes de bas de page : rien n’est retranché ni simplifié sans raison. Tous ces usages sont conservés selon l’état de l’édition de référence.
Il peut également arriver qu’un élément présent dans une édition antérieure, mais absent de celle que nous suivons principalement, soit rétabli lorsqu’il nous paraît appartenir pleinement à l’histoire de l’œuvre.
Retranscrire le texte
Vient ensuite la retranscription.
La qualité inégale de certaines pages numérisées, les irrégularités de l’impression et les caractères que les logiciels interprètent avec incertitude rendent la reconnaissance automatique du texte peu digne de confiance.
Une lettre est prise pour une autre ; deux mots sont réunis ou séparés mal à propos ; un accent disparaît ; un signe de ponctuation est omis.
S’en remettre à une telle retranscription, ce serait consentir à laisser dans l’œuvre d’innombrables erreurs.
Les textes déjà retranscrits que l’on rencontre sur Internet ne sauraient davantage être repris sans examen. Ils peuvent présenter des écarts avec l’édition qui nous sert de référence : la ponctuation y diffère parfois, certains mots peuvent avoir été modifiés, ajoutés ou retranchés, et des erreurs de transcription peuvent s’y être glissées.
De là vient qu’il nous faut toujours retourner, ligne après ligne, au fichier numérisé de l’édition ancienne.
Confronter chaque ligne à l’édition ancienne
Commence alors un travail de patience.
Chaque ligne et chaque mot du fichier retranscrit sont lus avec le plus grand soin, puis confrontés sans relâche à l’édition de référence.
Le regard accomplit ainsi d’innombrables voyages entre la page qui fut imprimée autrefois et celle qui se recompose aujourd’hui.
Ponctuation, italiques, majuscules, guillemets, accents, notes de bas de page et dispositions particulières doivent être vérifiés à leur tour.
Ce labeur exige des heures et des heures ; et ce sont parfois des semaines entières qu’il faut consacrer à la restitution de l’œuvre dans son intégrité.
Tel est le prix de la fidélité que nous lui devons.
Faire renaître l’œuvre
Ce n’est qu’après ce long travail que le texte peut véritablement commencer à prendre la forme du livre nouveau.
Une réédition ne consiste donc pas, pour nous, à reprendre un texte déjà disponible et à lui donner simplement une nouvelle apparence. Elle exige de revenir à l’œuvre, de la confronter à son histoire éditoriale, de vérifier chaque mot, chaque signe et chaque choix typographique, afin que le lecteur puisse retrouver un texte aussi proche que possible de celui que nous avons choisi de transmettre.
Ainsi commence, pour chacun de nos livres, cette œuvre de patience par laquelle nous espérons rendre au lecteur tout le plaisir de l’œuvre retrouvée.