Suggestion musicale
Pour une immersion complète
Vente aux enchères — Article de presse
Publié dans The Strand Morning Review, édition du 14 juillet 1886
Le Miroir des Tragédies Funestes, Acquis par Lord Dumpsey
Il fut acquis par Lord Dumpsey lors d’une vente aux enchères prodigieuse à Munich, un miroir ancien d’une incomparable beauté. Cet objet intrigant, d’origine inconnue, avait suscité l’intérêt des collectionneurs en raison de ses célèbres anciens propriétaires, morts dans des circonstances troublantes et sombres.
Le premier possesseur attesté fut Dante Gabriel Rossetti, un illustre poète, peintre et l'un des membres fondateurs du mouvement préraphaélite. Il mena une existence chagrine, marquée par des instants de grave dépression et de dépendance au chloral. Cependant, sa vie tout entière chuta lorsqu’il fit l’acquisition de ce miroir. Selon certaines rumeurs, Rossetti développa une obsession malsaine pour la psyché, en faisant un élément des plus importants de son atelier, qu’il utilisait pour créer des portraits idéalisés de ses muses. Peu à peu, il commença à y voir des visions troublantes, des reflets déformés de ses propres fantasmes, qui auraient contribué à sa détresse mentale.
Ses proches le retrouvèrent mort en 1882, dans des circonstance mystérieuses, le visage mutilé, marqué par une expression de terreur indicible. Retrouvant un morceau de verre dans sa main, certains disent qu'il s'était lui-même infligé des blessures lors de sa dernière crise de délire. Le miroir, quant à lui, était intact, plus flamboyant que jamais.
Après sa mort, le miroir fut mis en vente aux enchères, attirant l’attention de collectionneurs fascinés par l’artiste tourmenté.
En 1886, après avoir quitté les mains de Dante Gabriel Rossetti, le miroir fut acquis par nul autre que le roi Ludwig II de Bavière, dont l’attrait pour les objets rares et excentriques était bien connu. Ludwig, célèbre pour ses châteaux à la magnificence peu ordinaire, et son penchant pour les arts, développa un sentiment singulier pour la psyché. Cette dernière fut installée d’abord dans l’un des nombreux salons dérobés de son palais, où Ludwig passait de longues heures à contempler son reflet. Il la fit ensuite placer dans sa chambre, où il s'enfermait souvent, refusant de voir qui que ce soit pendant des jours.
Les conseillers et serviteurs du roi notèrent rapidement que son comportement, déjà erratique, devint de plus en plus inquiétant après l’acquisition de l’objet. Ludwig fut surnommé le « Roi fou ».
En juin 1886, Ludwig fut destitué pour cause de folie présumée et interné dans le château de Berg. Quelques jours plus tard, son corps fut retrouvé dans le lac de Starnberg. Les circonstances de sa mort furent attribuées à un suicide.
Après la mort du roi Ludwig II de Bavière, le miroir, dont la valeur n’a cessé de croître dans le monde des antiquaires, fut mis à nouveau aux enchères, jusqu’à sa dernière acquisition par Lord Dumpsey.
La somme s’éleva à 6129 marks allemands, soit 300 livres sterling, ce qui en fit l’objet le plus cher de cette vente, provoquant admiration et étonnement parmi les enchérisseurs, dont peu étaient prêts à égaler.