Suggestion musicale
Pour une immersion complète
Brouillon d’une lettre adressée à Oscar Green
Retrouvé dans les effets de Pietro Veneziano
Cher Oscar,
Je n’écris pas pour recevoir une réponse — je te sais trop discret, ou trop lointain, pour cela. Mais le silence, lorsqu’il fait son temps, devient, en certains cas, plus abasourdissant que ne saurait l’être la parole. Et le tien, mon cher ami, m’a tonitrué tant de choses…
Tu m’avais fait entendre que le temps, tu le prendrais. Que m’écrire était une promesse. Or voici que les jours ont fui, et que ta main n’a point tremblé d’encre depuis.
Je ne t’accuse point. Si j’écris, c’est par la seule raison qu’il m’est devenu épineux de donner à mon esprit une cause suffisante pour l’épargner de la douleur de ton éloignement.
Tu as laissé, dans mes heures, une empreinte si vive qu’il m’arrive encore de tourner la tête en croyant t’y voir — toi, ton ombre, ton geste gracile, ou ton regard, un peu las, un peu amusé.
Je ne suis pas homme à supplier. Je suis de ceux qu’un attachement trop sincère condamne au mutisme, lorsqu’il n’est point accueilli.
Tu me manques, Oscar. Voilà bien un mot dans toute sa rondeur. Un mot que j’aurais préféré taire — néanmoins, il fut dit, et je n’en rougis point. Si tu lis, un jour, ces lignes, considère ceci : mon silence, à moi, n’a jamais été inhabité.
Ton tendre ami,
Pietro