Suggestion musicale
Pour une immersion complète
Lettre non expédiée de l’inspecteur Morley à Monsieur J. K. Norbury
Parmi les papiers privés de l’inspecteur — jamais transmis aux supérieurs hiérarchiques
Monsieur Norbury,
Je prends la liberté de vous adresser ces lignes en toute confidentialité. Elles ne figurent pas au rapport officiel — du moins, pas encore. Elles ne sauraient, en l’état, constituer un complément de procédure. Ce sont, à vrai dire, des observations personnelles que je soumets à votre discernement.
J’ai procédé hier à l’interrogatoire d’un certain Thomas Farnsworth, cocher de son état, accusé d’avoir pris part à la disparition — et, selon toute vraisemblance, au meurtre — de mademoiselle Lucie Dumpsey, survenue aux abords d’Eaton Square, le 13 septembre dernier, dans les environs de dix-huit heures.
Le témoin conteste toute implication. Rien de surprenant jusque-là, cependant ce qui m’a frappé, c’est… bien autre chose.
Ce Farnsworth est un homme sans façon, peu lettré, mais opiniâtre dans ses propos. Il ne varie pas d’un mot ! Pourtant, à mesure qu’il répondait, quelque chose m’a pénétré d’effroi : ce n’était pas la crainte du coupable, ni la défense du juste. C’était… un vide. Une sorte d’absence dans la scène. Comme si un pan entier du réel s’était subitement effacé. Je ne parle pas ici d’un silence — mais d’une absence.
Il est rare qu’un homme en vienne à douter de ses propres souvenirs. Farnsworth, lui, semblait ne pas oser les regarder en face. J’ai vu des affabulateurs, des inconsistants, des coquins — mais lui, non. Lui, il semblait avoir été témoin de rien. Et c’est bien ce rien qui me laisse soucieux.
Je n’ai, à ce jour, aucune preuve à son encontre, et pourtant, l’affaire reste singulière.
Je vous demande donc, à tout hasard, de faire remonter l’information au service des dossiers discrets. Vous avez mes coordonnées.
Bien à vous,
H. Morley
Inspecteur, Bow Street